Depuis les premières lois Deferre sur la décentralisation, les pouvoirs publics ont travaillé la déprise du pouvoir central pour donner aux territoires une place dans les choix politiques concernant leur aménagement. Depuis, bien des décrets et lois sont passés sous les ponts, organisant des structures complexes au-dessus des communes pour réfléchir à leur avenir. Des conseils de développement, des "pays" ont été inventés, des agents de développement formés, un tout pour se saisir de tout l'intérêt des territoires, mettre en face forces et besoins, faiblesses et potentiels. Si ces différents courants ont subi certains dessèchements suite aux climats successifs électoraux, une seule strate est restée indéboulonnable : les directions départementales… Quand en préfixe de ce séculaire département est apposé le terme de direction, pas d'ambiguïté, on sait qui se cache et qui décide. La voix de l'Etat est installée, là. Quoi qu'il en soit des territoires, la nation a raison ici. Aujourd'hui en raison des énièmes lois de décentralisation, les collectivités pensantes sur leur propre territoire sont de moins en moins découpées en logique géographique ou sociale. Les pays ont disparu, les agglomérations se recentrent sur les villes et les communautés de communes s'élargissent et se décentrent. Seules les petites communes résistent avec un résidus de compétences pour devoir s'imaginer demain, répondre aux besoins de ses habitants, penser à eux, à leur espace et à leur air du temps. Où l'on voit alors que, face à l'Etat, leurs désirs ne rentrent ni dans les clous de règlements peu adaptés à leur échelle, ni dans ses préoccupations prioritaires. Ou bien encore que leur programme d'actions ne répond plus aux exigences de l'Etat. Aujourd'hui, au-delà des projets communautaires, les petites communes rurales qui survivent se démènent seules pour cogiter et convoquer spécialistes et experts en aménagement et développement, elles se retrouvent face à un monde déjà trop aménagé qui demande à passer à l'aire post développement, sanctionne et restreint, en réponse à ses pollutions et anciennes politiques virales que l'on voit, par exemple, ravageuses sur le littoral ou en entrée de villes. Mais un permis d'éco-quartier à l'entrée d'un village, aujourd'hui, niet !
Catherine Jauffred