Pour deux ans, les causses et les canyons de la Cesse et du Brian, tant aimés par les riverains et les touristes pour leur aspect pittoresque et leur forte nature, sont sous le coup d'un diagnostic. Dans la mire aussi, les sept villages alentours. Le but ? L'élaboration d'un plan paysage. Qu'es aquò un plan paysage ?
Le paysage est un coin de nature que l'homme aime à regarder d'une certaine façon. Il est un bout de nature identifiée, reconnue comme belle, agréable et utile par les humains. Il n'est pas de ces zones non aimées, non regardées (et qui d'ailleurs ne sont pas forcément dénuées d'intérêt sur le plan de la biodiversité). Le paysage est le résultat de l'homme, tout au moins de son regard : des champs, des vignes, des haies, des parcelles de forêt encadrées par de jolies routes sinueuses, un village et son clocher proéminent, ses bois l'entourant… Il forme un tout et surtout, offre un grand panel d'émotions, en général rassurantes ou source d'émerveillement. L'humain peut se penser grâce au paysage, sentir qu'il est bien d'ici ou de là, ou encore bien intégré à cette nature profonde qu'il maîtrise d'un bout à l'autre du cadre. Le nord Minervois est un paysage loti entre ses causses et ses failles. On y pratique la randonnée, le vélo, la spéléo, l'escalade et la baignade, la vigne principalement. Depuis l'antiquité on s'y enracine et on y trouve du sens. Les lois d'aménagement du territoire, officielles ou informelles, viennent répondre à un projet ou un besoin humain. Aujourd'hui si ces paysages de villages, causses et garrigues sont sujets de réflexions, c'est que leur évolution pourrait provoquer soit des conflits soit des pertes.
Les paysages se modifient, parfois ils se désertent ou subissent la surpopulation. La question de les laisser à leur libre sort provoquerait leur disparition en tant que paysage. Ce qui entraînerait une perte de leur usage. Il deviendrait, non territoire, non paysage, "niente", "nada". Le vide. Il y va de ce paradoxe permanent que la sauvegarde d'un lieu se fait toujours à travers l'intervention humaine. Alors que l'homme recrée depuis 30 000 ans son biotope et son coin de nature comme il peut, c'est d'abord finalement lui même qu'il protège en protégeant son bout de nature. Et loin de vouloir protéger la nature pour elle même, c'est bien son espace qu'il protège. Quand on se laisse prendre par la nature, c'est notre attachement à elle que nous affectionnons. Le sauvage semble notre opposé et là, où souvent nous croyons "revenir à la nature", c'est parce que nous mesurons notre impact sur elle et notre lien à elle que nous nous y retrouvons.
Catherine Jauffred