Que nous réserve leur futur ?
La viticulture en Minervois évolue et change de visages. Les paysages qu'elle fabrique changent rapidement autant que les liens qu'elle tisse avec le reste du monde, que l'image qu'elle donne et que les réseaux qu'elle met en place. Aujourd'hui, chaque rencontre avec un vigneron laisse entendre une voix, un credo, un historique différents. Comme si sur ce Far West chaud et ensoleillé, au grand ciel sauvage et sans nuage, s'ouvrait tout un nouveau champs des possibles. Comme si le rêve Minervois était celui de toutes les folies. Sur ces terres accessibles, d'appellations en création et de terroirs à faire parler, se fait entendre un écho, celui de l'appel du grand large où chacun se surprend à créer et se créer. Certains ne jurent que par une tradition d'hier, celle des vins à forts caractères qui n'oublient pas une certaine "origine", même s'il faut l'inventer, d'autres, en revanche, essaient des robes plus légères et, court vêtus, s'entichent de couleurs acidulées. S'inspirant, peut-être aussi, d'une mode d'à côté. D'autres, encore, sur la vogue "revival", s'esbaudissent à surprendre et laissent sans vergogne agir la nature. Pieds nus chantant dans la cuve, non interventionnistes, ou cols blancs sur regard de braise, les jeunes vignerons Minervois n'écoutent plus qu'eux. Quid d'une appellation qui les suivra ou pas. Qu'ils jouent gros ou petit, ils jouent leur vie et beaucoup veulent faire "autrement".
Ce Minervois se refait et se réinvente, même que parfois ils arrivent les premiers du coin sur certains marchés. Mais l'enjeu est fort : il faut s'en sortir et faire avancer l'histoire. D'aucuns diront qu'elle a quand même quelques belles valises cette viticulture de piémonts et de plaines, pleine de beaux linges et de beaux trésors. Pourtant quand les vieux loups des vignes ne résistent plus et se font racheter par des plus gros qu'eux venus d'ailleurs, il n'est pas trop osé de considérer que tous ont un défi à relever, vis-à-vis des anciens, d'une famille ou d'un domaine réinvesti.
Et c'est non sans sentir, avec le goût de l'aventure, un petit arrière goût amer de rupture. Même si le respect du terroir est toujours de mise, il se refait de différences et de mixité, jusqu'à parfois ne plus se ressembler. Le temps dira ce qui restera mais la transformation du vignoble est bien visible.

Catherine Jauffred