La neige qui débouche sur un printemps cocassement précoce. D'aucun disent qu'il a fait les mêmes températures un février du Moyen Age, en 36 aussi… Face à ces chaleurs exceptionnelles, il va falloir attendre la fin de l'hiver pour voir quel impact cela aura sur les récoltes. La nature s'éveille tôt alors que la taille de la vigne n'est pas terminée. La sécheresse du mois risque de produire du stress hydrique cet été sur les parcelles. La Cesse coulait bien il y a encore une semaine, mais en quelques jours elle s'est cachée sous son lit. Que dit ce ciel si pur,
si bleu ? Certains le vivent comme une aubaine, celle d'avancer dans la saison, économiquement, "touristiquement". Les maraîchers peuvent en jouir aussi, c'est plus de lumière pour leurs plantations et semis du printemps. D'autres regardent le ciel et s'inquiètent d'un dérèglement climatique accéléré, devenu imprévisible, perplexes pour l'avenir. Mais une sensation apparaît, toute nouvelle. Il est étrange en tant qu'être humain de ne plus se sentir uniquement une émanation de la Nature et de devoir, depuis notre position, s'adapter à elle, en déjouer la puissance. Jusqu'à ce temps, pour vivre mieux, survivre à son froid ou à ses fortes chaleurs, à ses manifestations parfois hostiles, nous avions développé une certaine intelligence. Ces climats qui laissent songeurs apparaissent autrement à notre psyché. Le ciel prend une autre place dans le panthéon. Il devient l'émanation de notre pouvoir à nous humains. Renversement.

Catherine Jauffred