Entendez- vous dans les campagnes la rumeur de la haine ? Sonnez trompettes, la pratique de la chasse est une activité des plus clivantes dans nos campagnes. D'un côté, il y aurait les passionnés de nature, d’un autre les protecteurs de la nature. D’un côté comme de l’autre, la nature reste toujours d’un côté, les hommes de l’autre... N’est ce pas là le problème et le vrai schisme ? L'enjeu de ce clivage et des pratiques se joue-t-il réellement entre passion et raison ? L'opposition des genres semble bien plus compliquée que le seul vécu des uns et des autres et leur approche de la nature. Leur opposition ressemble plus à une différence culturelle et à une opposition quasi politique. Chacun s’accaparant le bon goût et la légitimité d’agir. Chacun se positionnant du bon côté, du côté de celui qui sait et qui connaît. Chacun, surtout, voyant chez l'autre tout ce qui s’oppose à lui. Ainsi se construisent des haines. Les chasseurs s’inscrivent dans une si vieille tradition qu’ils en bâtissent tout leur pouvoir. Pour eux, chasser équivaut à connaître le gibier, le relief, son biotope, la flore et la faune... Et c’est pas faux. Indéboulonnable. Les anti-chasseurs s’érigent contre et s’alarment de ce permis de tuer au nom d’un même respect de la nature. Comment respecter et aimer l’animal et lui donner la mort ? Cet argument semble aussi bétonné que les précédents. Laissant les deux partis dans une contradiction indépassable. Mais le problème réside ailleurs, dans la volonté de dominer la nature, d’agir pour elle. Le mode de pensée des uns et des autres semble similaire, caractérisé par la prédominance de la culture sur la nature avec cette idée d’agir sur elle. Il manque aujourd’hui, aux uns et aux autres, de se considérer au même niveau que la nature. Il serait souhaitable, comme le prescrivent les nouveaux “penseurs” de la nature, de se considérer comme “étant” la nature et de lâcher toute volonté de la maîtriser pour la sauver. Car vouloir la protéger ou la pratiquer, c’est toujours s’en extraire au nom de sa propre culture et de son petit savoir. C’est toujours s’inscrire comme supérieur et seul maître à bord.
En se considérant nature, courser un animal (même sans le tuer), aurait un tout autre écho. Il ne s’agirait pas de mettre en scène sa prédominance d’homme sur l’animal, mais d’essayer de comprendre ce qu’il se passe quand deux êtres se coursent.
On pourrait même rêver de finir blottis dans les mêmes terriers,
écolos, chasseurs, lapins et chiens enfin réunis !

Catherine Jauffred