Roumanie 2022

Réalisation : Cristian Mungiu

Durée : 2h 05

Avec : Marin Grigoire, Judith State, Macrina Barladeanu

Jeudi 17 novembre à 18 heures nous vous conseillons la salle Elie Cabrol de Pépieux. Vous pourrez y voir la Roumanie passée à l’IRM pour traduire le titre. Mathias a quitté son poste dans un abattoir allemand après avoir violemment réagi à des propos anti gitans. Il revient dans son village de Transylvanie où langue allemande, hongroise roumaine et anglaise se côtoient. Il y retrouve son fils, le petit Rudi. Le père joue au fort alors qu’il est nulle part à sa place : ni dans son travail, ni chez sa femme, ni son ancienne maîtresse qu’il va retrouver. Il constate que tout a changé. La mine a fermé et l’industrie du bois tourne au ralenti. Les hommes travaillent tous à l’étranger mais ici on n’aime pas les étrangers, surtout s’ils ne sont pas blancs. Seule la boulangerie industrielle recrute. Il lui faut embaucher rapidement cinq ouvriers si elle veut empocher les subventions européennes. Mais personne ne répond aux petites annonces. Les salaires sont trop bas. La directrice fait alors appel à la main d’œuvre du Sri Lanka. Le contexte ainsi posé, le réalisateur nous montre un portrait sans complaisance de tous les maux qui dévastent l’Europe : racisme, xénophobie, misogynie, homophobie, lâcheté, petits trafics, rien ne nous est épargné. Ce qui nous est montré, ce sont des paysans qui ont tout juste de quoi vivre et se sentent victimes des directives européennes. Une Europe qui a décidé de transformer leur région en parc à ours ce qui leur donne le sentiment d’être abandonnés. Le spectateur est ainsi invité à comprendre ce qui se passe dans la tête de ces pauvres hères condamnés eux-mêmes à l’exil et être ainsi montrés du doigt en Europe. Mais impossible d’excuser leur comportement. C’est dire la complexité d’un monde où il suffit d’une étincelle pour que s’enflamment les esprits. Cela nous vaut une assemblée du village présidée par un maire à la neutralité douteuse où la population exige le départ des Sri-Lankais C’est une scène qui marque les esprits. Il faut entendre le curé justifier les propos racistes de ses ouailles, le médecin accuser les étrangers d’être porteurs de tous les virus. Les vannes sont ouvertes qui déversent leur flot de saloperies. Mungiu nous offre un film vertigineux d’où l’on sort secoué et en même temps plus éclairé sur notre époque.

Jean Segonne