C'est un cru qui y a cru, un groupe qui a plu. Ceux-là mêmes, qui, forts de leurs terres attachées à leurs godasses, en arrière la vinasse et à eux la caillasse. C'est considérable tout ce qu'il y a à engager comme espoir de reconnaissance pour obtenir une charte, un nom, un terroir, une limite de terroir, un bout de territoire où sévit pourtant une monoculture autant enivrante qu'envahissante. Le cru La Livinière est un petit terroir dans une mer de vignes.
Dans ce pays de monoculture ils n'étaient pas les seuls à vouloir conserver une âme dans leur travail. Mais les luttes sont dures et partout avait gagné la rentabilité. Fallait manger. Longtemps avant qu'apparaissent des désirs d'appellation et de démarcation, des vignerons avaient déjà décrié au vent mauvais la vigne qui "pisse" et le vin qui pique. Paradoxalement, ils ont été les plus nombreux à être attachés à cette culture de masse qui a fait vivre tout ce monde, fait venir tant d'Espagnols et même de Français. Fait le pays tel qu'il est aujourd'hui. Aujourd'hui un siècle et demi après, quelques parcelles se démarquent, si peu au milieu du reste qui poursuit sa culture conventionnelle remise en cause face aux risques écologiques. Est-ce que chaque vigne ne pourrait pas gagner son appellation, celle qui se revendiquerait unique, protectrice d'un savoir-faire et de l'expression de sa terre !
Catherine Jauffred