Après un siècle d'habitat rural anarchique et non pensé au-delà de la seule volonté individuelle ou du projet fonctionnel (parking, destruction de coeur de village, ouverture des centres) l'urbanisme rural se réveille avec la gueule de bois. Les constructions pavillonnaires ont sérieusement grignoté les parcelles agricoles faisant du béton un allié des inondations et créant des verrues urbaines. En face, des locaux qui se disent qu'on a bien assez d'espace en campagne pour cultiver ce que l'on veut, toujours des envies de jardins privatifs bien contagieuses et de grosses maisons de familles invendables. En face encore, de jeunes locataires mal logés. Pas très loin de là, des spécialistes de l'habitat et de l'habiter qui commencent à la ramener. Parce qu'il manque sérieusement de paysans, non pour produire à l'export mais pour nourrir les populations locales, que le lien social dans les campagnes n'est plus inscrit dans l'espace, que les jeunes traînent dans les arrêts de bus, que les aînés voient leurs bancs si peu entretenus et que les actifs n'ont aucun lieu pour se rencontrer. Ainsi, à l'instar du Parc Naturel régional Haut-Languedoc qui met en place un Plan paysage notamment sur la question du cadre villageois, commence à apparaître une autre façon de penser l'urbanisme rural. Si dans les grandes villes il est difficile de maîtriser la complexité de l'objet urbain, pour les villages, un effet positif sera peut-être plus accessible, réalisable et plus démocratique. Encourageant ! En revanche, il faut un cadre politique et c'est ce qui manque, car rares sont les villages qui font l'objet d'un diagnostic global et d'une réflexion adaptée et concertée. Dans les principes il s'agit de mieux ré-habiter ensemble les centres, de créer des espaces entre privés et publics, de considérer l'héritage historique dans les projets, d'utiliser le patrimoine pour se relier. Mais aussi de changer de visions et d'accueillir les gens plutôt que de les laisser simplement résider, de relier les quartiers, d'y installer de l'actif et, cerise sur la place de village, de tendre vers des projets à zéro impact, autant sur le foncier, que sur l'agricole ou encore sur le réseau, mais source de convivialité, de biodiversité, d'espaces partagés, mutualisés et d'équipements. Allez, conseillers, habitants, porteurs de projets, unissez-vous pour une grande quadrille collective.

Catherine Jauffred