La nuance, voilà une notion qui est bien mise à mal par les temps qui courent. Aujourd'hui, difficile d'exiger de nos interlocuteurs/trices de prendre le temps d'évaluer les zones de gris qui existent entre noir et blanc. Peut-on être pour la vaccination, mais contre le pouvoir inconsidéré accordé aux laboratoires pharmaceutiques ? Contre le couvre-feu, mais pour le respect des gestes barrière ? Pour la laïcité mais contre l'islamophobie ? Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les grands médias télévisés ou radiophoniques, il ne reste guère de place pour des débats intelligents qui ne se bornent pas à des « éléments de langage » ou à de la communication bassement binaire destinée à étiqueter chacune des parties. Les crises que nous traversons, tant sanitaires que politiques ne nous sont présentées que sous forme de chocs frontaux où les idées se télescopent sans qu'aucun des participants daigne écouter l'argumentation opposée.

Alors que les situations économiques, écologiques et sanitaires exigent des réponses rapides et efficaces, leurs tenants et aboutissants requièrent eux, un tantinet de réflexion et surtout de coordination et de coopération. Habituée à un monde rythmé par la compétition et celui qui, au bout du compte, aura eu raison, notre société a oublié les bienfaits de la nuance et l'écoute nécessaire pour qu'elle puisse prendre sa place. Il en va de même pour le sujet de notre Une. On peut être pour un développement écologique raisonné et respectueux de l'environnement pour des bénéfices locaux, mais contre l'implantation d'éoliennes industrielles dont la production est destinée à l'exportation. Prendre le temps de réfléchir, de raisonner. Se soustraire à l'émotion et au sensationnalisme, un véritable défi alors que la population est à cran par des contextes la poussant à se fragmenter toujours plus, le tout alimenté par un gouvernement et des médias avides de buzz et de gros titres.

Tristan Geoffroy