je me suis souvent demandé en déménageant dans un village : où arrivais-je ? Ou plutôt chez qui arrivais-je ? Souvent les noms de deux ou trois familles se dégageaient rapidement des patronymes les plus usuels au village. Leur histoire semblait avoir marqué l'aménagement de mon nouveau territoire. Sans aller jusqu'aux fondations du village, ni jusqu'au Moyen Age, les derniers âges laissent suffisamment de traces. Ici un “château” disparu d’entre les murs des maisons semble, par exemple, habiter un quartier dans sa totalité. Autour de sa dernière tour dressée, les ramonétages, la "maison du régisseur" qui fait l'angle, quelques caves ou encore un parc, tout ça étant relié directement à l’histoire de la grosse baraque. Des quartiers entiers semblent souvent dessinés autour d'une seule famille, d'un seul domaine. Aux alentours, toute une population a vécu et travaillé pour ce seul domaine. Toute une population ayant habité un seul quartier, autour d’une seule activité et ce pendant quelques générations. Ainsi vont les quartiers et les villages. Entre les quartiers, quelques marqueurs sociaux, reliant ou clivant ce petit monde. C’est le cas de caves coopératives qui ont pu rassembler (ou partager) nombre de villageois sous une même bannière. En bref, à devenir nouvelle villageoise, le sentiment qui domine est que la vie semble plus calée sur l'esprit des familles historiques que sur une gestion citoyenne. C'est aussi ce qui fait le charme des villages, leur accueil et leur identité. Quand alors arrive la volonté d’une vie citoyenne calée sur un esprit citoyen et sur des démarches de projets, les frottements créent quelques étincelles. C’est ainsi que seront éclairées les prochaines municipales.
Catherine Jauffred