Le Minervois foisonne d’activités en cette rentrée. D’ailleurs, aller au théâtre c'est bien, mais en faire c'est mieux. L'usage des pratiques culturelles semble être une clé pour de nombreux verrous difficiles à débloquer pour le développement sociétal et individuel. Depuis le temps que maintes politiques publiques, programmateurs ou animateurs cherchent à emballer et diversifier les publics et que de nombreux agents de la culture désespèrent de ne pouvoir jamais toucher les population les plus retorses à l'art ou les plus isolées des salles. Comment inciter les personnes à venir au théâtre, au cinéma ou dans les expositions, quand elles n'ont jamais pensé le théâtre, le cinéma ou les arts plastiques, pour elles-mêmes et qu'elles se disent depuis toujours que ce n’est pas pour elles. Un des meilleurs moyens de s'ouvrir aux arts n’est-il pas de s'impliquer par son corps, par ses sens et ses émotions ? Il ne s'agit pas toutefois de se méprendre et de vouloir toujours "fabriquer du public" afin de servir théâtres, festivals et galeries. Non, il s'agit de remettre les choses dans l'ordre. Si la valorisation de la culture passe uniquement par le truchement de la consommation, son effet sera toujours limitée voire clivant. Jouir du beau et partager des questionnements n'ont de sens que si on se saisit des codes pour juger et se faire son propre avis. Sinon on ne fait que bêler. Si connaître, c'est naître à nouveau, s-avoir c'est peut-être, avoir au pluriel, ou apprendre, prendre à l'autre. Il ne suffit pas d'accumuler les savoirs et les rencontres artistiques pour connaître les univers de l'art. Pour s'ouvrir à ces mondes, laisser opérer la culture sur son propre terreau, prendre sur son terrain et dans son propre biotope, il en va d'abord de les pratiquer, de s'y frotter. C'est en manipulant le monde que l'enfant ou l'adulte pourra lui aussi s'accaparer les outils pour en créer d'autres. Chaque époque a son oppression et son dilemme à résoudre. La nôtre, forte de ses murs indépassables, a impérativement besoin de créativité et de jugement critique. Question de survie. L'importance des associations qui se développent dans les villages, à proposer de plus en plus d'activités, en est la manifestation. Un réel besoin de pratiques, de cultures, de créativité et de jugements nouveaux se fait ressentir.  Catherine Jauffred