C'est vrai ce que dit Jean Boulet, dont nous pouvons saluer au passage la passion insatiable pour les histoires singulières du Minervois. Et sa générosité à nous les transmettre et à partager ses trouvailles de fouilleur. Comme il le raconte, l'histoire se cache parfois dans l'insignifiant. Et les villages regorgent de ces détails rendus visibles dans leurs murs pour qui n'est pas ignorant. Qui n'a pas un jour loué une de ces très humbles petites maisons dans les villages du Minervois, appelées les ramonétages ? Des habitats dont les dimensions semblent calées sur des petits bonshommes, dont les murs, étagères et cheminées sont de plâtres ? Ces habitations pleines de petites pièces et dont les fenêtres laissent passer plus d'air que de lumière. Difficile à vivre à l'année, mais quel cachet ! Celles-là encore dont le coût de rénovation semble plus atteindre les sentiments du propriétaire que ses finances. Ces maisonnettes, longtemps réservées aux vendangeurs et conservées "dans leurs jus", témoignent en réalité d'une organisation sociale et économique du secteur viticole. Elles étaient celles des ramonets, responsables des vignes, ceux qui en avaient la charge sans en être les propriétaires. Les bosseurs en somme. Les villages du Minervois ce sont souvent deux ou trois familles de propriétaires. Pour l'anecdote, il y avait celles dont on disait qu'elles étaient républicaines et puis il y avait les autres. Ce qui distinguait peut-être un ensemble de valeurs dans lequel se pétrissaient les rapports entre travailleurs, régisseurs et propriétaires. Important dans l'imaginaire populaire. Chaque quartier a encore sa grosse maison, "son château". En enfilade tout autour, caves et ramonétages forment souvent un pâté de maison. A la veille des Journées européennes du patrimoine, sans aller chercher à l'office du tourisme les fascicules pour un tourisme guidé, il est possible de se rendre simplement dans les rues des villages en essayant de lire dans le bâti ce qui se jouait d'une maison à l'autre. Car ce qui liait les maisons les unes aux autres représente autant de liens d'une famille à l'autre. Ces liens qui attachent et parfois incitent à l'immobilisme. Et sur toutes ces maisons sans prétention, loin d'un l'esthétisme et du ravalement de façade, un autre regard et plus de compréhension peuvent alors se poser.
Catherine Jauffred