Sur les routes du Minervois, les ânes trottent aussi. Sur des autocollants affublés de bandes rouges et jaunes d'or, les identités aiment s'afficher. Racine, cuisine, appartenance… Au foyer comme sur les pare brises, "on" aime son groupe. Les Catalans comme les Bretons ou Occitans n'ont pas renoncé à cultiver leur particularité ou leurs héritages. Histoire que le monde humain continue d'apparaître en couleurs. Quand l'identité joue sur le terrain de la culture, elle invite souvent aux meilleurs, comme le frottement et l'enrichissement. Elle peut aussi convier au pire, au crime, au terrorisme. Il s'agit d'amour et de haine. Mais quand l'idée d'un peuple se défend pour un territoire, il invite le pouvoir et la politique, et ça peut se risquer au pire. La politique a souvent usé et abusé des questions identitaires, jouant de cette emprise sur les gens. Les prises de territoire ont produit des vainqueurs et des vaincus.
Les cultures, enjeu de domination. Quand elles restent fortes elles peuvent catalyser les foules et devenir une force rebelle. La poussée catalane entraîne avec elle d'innombrables questionnements que l'histoire a laissés en déchets. Sur l'argument "je ne me sens pas espagnole" la folle idée de se dire qu'il faudrait un pays pour chaque culture ou chaque "peuple" est vite anxiogène. Un pays qui garderait ses âmes sur des traits culturels définis (par qui ?), il n'en faudrait pas beaucoup pour proscrire le mélange et l'acculturation, l'autre, le devenir, la mixité, etc. Si le mot paix a donné le mot pays c'est justement sur l'idée d'une nation qui rassemblerait.
Mais en Espagne, la politique antisociale de Mariano Rajoy a retranché les gens avec un sentiment de rejet, vite fait substitué par celui de l'appartenance. Ils sont nombreux à être devenus Catalans pour s'éloigner du pouvoir central. Le référendum organisé "entre eux" et en dehors du cadre légal fait aussitôt émerger l'article du droit international qui pose le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes sur le principe de l'autodétermination. Dans le cas de la Catalogne, l'idée d'un nouvel Etat pour s'en défaire d'un autre n'éloigne en rien le risque d'un détournement politique.
Une élection, qu'elle survienne aujourd'hui dans les meilleurs auspices d'un monde nouveau et rêvé, ne découragera jamais les plus avides, les plus prédateurs
à prétendre gouverner dans les prochaines années.
Que restera-t-il alors de l'argument identitaire ?  Catherine Jauffred