Vivant dans un petit village au cœur du Minervois, on trouve réconfortant d’être accueilli par un simple « Bonjour » lorsqu’on croise quelqu’un dans la rue ou qu’on entre dans un magasin. Ce geste simple démontre la politesse et la courtoisie qui font la renommée de notre région. Sachant que cette dernière dépend du tourisme qui, avec le vin, est l’une de ses industries les plus importantes, ce simple salut, souvent adressé à des personnes que vous n’avez jamais connues, favorise un sentiment d’accueil et de chaleur et peut lever toute gêne initiale. Il y a plus de 16 ans, c’est une telle salutation qui a été donnée par de jeunes enfants à la femme de votre dévoué, en passant sur le chemin de l’école, et elle ne sera jamais oubliée. 

Venant d’Écosse, où la société peut souvent être considérée comme réservée, et où un tel accueil serait inouï, la liberté d’expression immédiate donnée par ces enfants a fait prendre conscience que leurs parents et professeurs leur avaient donné une merveilleuse leçon d’interaction sociale et ce avant même d’avoir atteint l’âge de 5 ans. Avec le temps, ces dernières années, cette forme de salutation commence malheureusement à disparaître. Aujourd’hui, lorsque nous nous croisons dans la rue, nous nous retrouvons souvent à croiser quelqu’un armé d’un téléphone portable, parlant apparemment dans les airs, souvent avec des aides auditives électroniques blanches dépassant de leurs oreilles.

Personne ne souhaiterait dénoncer ou même restreindre l’utilisation d’une telle technologie, mais nous devons sûrement réaliser que nous commençons à nous enfermer dans un monde privé dans lequel la conversation générale et la politesse sont secondaires voire inutiles. Les progrès technologiques apportent à bon nombre de nos personnes âgées une peur et une frustration dans leur vie quotidienne normale. Essayer de contacter quelqu’un au-delà de notre propre cercle d’amis immédiat exige fréquemment que nous soyons par téléphone, ou parfois pire encore par Internet, confrontés à des messages préenregistrés, accompagnés d’une musique ridicule rendant la compréhension encore plus difficile. Il en va de même lorsque l'on est forcé de entrer dans une conversation  en ligne « écrite » avec une intelligence artificielle qui, souvent après presque une heure, nous connecte à une personne réelle qui exige que nous réitérions notre demande !   Presque quotidiennement, bon nombre de nos établissements gouvernementaux nécessaires font de ce dernier moyen la seule possible voix de communication. Pour les nombreuses personnes qui ne maîtrisent pas l’informatique, cela les oblige à contacter leurs mairies pour obtenir de l’aide. Les mairies elles-mêmes sont aujourd’hui soumises à des pressions bureaucratiques toujours croissantes, ce qui ne fait qu’ajouter à leur charge de travail. Il faut trouver une solution à ce problème car il est reconnu que nous vivons dans un monde de population vieillissante.

Les médias de masse continuent de nous bombarder de mises en garde contre la divulgation d’informations confidentielles en ligne et pourtant, l’industrie de la publicité commerciale a même rendu presque impossible la commande en ligne d’un simple article sans accepter au préalable les « cookies » (dispositif permettant aux entreprises de stocker nos informations afin de les réutiliser dans des buts parfois obscurs) – avant même que vous ne soyez autorisé à vous connecter au magasin ou à l’entreprise avec laquelle vous souhaitez entrer en contact.   Pas étonnant que nos centres-villes commencent à se vider de commerces et de commodités si nous nous laissons prendre dans cette armada en ligne. Les opportunités pour nos jeunes entrepreneurs de trouver un moyen d’inverser cette tendance sont illimitées, et peut-être que nos universités ou écoles d’économie réaliseront bientôt la nécessité d’un tel développement. On reste avec l’espoir qu’à travers les revues locales et régionales de telles solutions seront rapidement trouvées.  

En attendant, la prochaine fois que vous entrerez dans un magasin, dites « Bonjour » pour démontrer que les vraies personnes existent toujours !

Alfred W.