Depuis quelques temps, peu importe les sujets qui sont donnés en pâture aux médias et aux grandes chaînes d'information continue, le ton pris par les différents intervenants en est rarement un qui dégage et inspire le respect. Comment les débats ont-ils pu à ce point se transformer en compétition de celui ou celle qui traumatisera le plus l'opinion publique par des déclarations le plus souvent insultantes ? La guerre aux cotes d'écoute et la libération de paroles autrefois honteuses et provocatrices en sont les principales causes.
L'élection de personnages comme Donald Trump aux États-Unis ou Bolsonaro au Brésil à des postes offrant des tribunes quasi quotidiennes (et on ne parle même pas de leur compte Twitter) a permis à un grand nombre de chroniqueurs de légitimer des interventions au nom de la sacro-sainte liberté d'expression. Il faut dire que les chaînes d'information continue rivalisent d'indécence et d'ignominie pour battre les cotes d'écoute de leurs concurrents et générer ce fameux “buzz”, même si c'est au prix de l'éthique journalistique la plus élémentaire.
Récemment, après qu'Éric Zemmour a obtenu une émission sur CNews malgré une condamnation pour provocation à la haine raciale, d'autres “perturbateurs de la sérénité publique” ont trouvé un écho favorable sur des chaînes concurrentes, que ce soit LCI ou BFMTV. Il y a une semaine, Julie Graziani, ex-éditorialiste pour le magazine flirtant avec l’extrême-droite l'Incorrect (elle a été licenciée depuis pour ses propos) a commenté un échange entre une mère de famille et Emmanuel Macron, s'interrogeant sur la scolarité et les choix de vie familiale de l'intéressée au Smic. Elle a même affirmé qu'on ne devait pas divorcer quand on était dans sa situation... Cette semaine, ce fut au tour d'Alain Finkielkraut qui, réagissant à la énième accusation de viol envers Roman Polanski, a déclaré “à la blague” : “Violez, violez, violez ! Voilà, je dis aux hommes : violez les femmes ! D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs, elle en a marre !” Drôle de sens de l'humour lorsque l'on sait que la plus jeune des victimes du réalisateur n'avait que 13 ans au moment des faits.
En élargissant ainsi le spectre des choses que l'on peut dire sans gêne, on repousse encore plus loin les limites de l'acceptable, permettant l'expression des opinions les plus extrêmes de s'inscrire dans la “normalité”. La liberté des uns s'arrêtent toujours là où commencent celle des autres et on pourrait en dire de même du respect au sein d'un débat. C'est donc dans un climat franchement nauséabond que se prélassent ces chaînes dites “d'information” qui ne sont plus, en grande partie, que des organismes de propagande au service de l’agenda de milliardaires. BFMTV appartient à Drahi (8 milliards d'euros), CNews à Bolloré (6 milliards) et enfin LCI à Bouygues (3 milliards). Il faut tout de même souligner que les dirigeants desdites chaînes sont tous, sans exception, de grand fans de notre président qu'ils ont aidé, à grand renfort de visibilité médiatique, à se hisser à la tête du pays.
C'est donc une stratégie idéale qui a été mise en place pour faire diversion et confirmer la légitimité de cette maxime bien connue : “diviser pour mieux régner”. Au lieu que chacun s'indigne des “privilèges” de certaines professions, il serait donc peut-être temps que la population française fasse bloc et rappelle au gouvernement et aux médias qu'elle n'est pas dupe de ces manipulations de plus en plus grossières destinées à masquer le bien réel dynamitage d'un modèle qu’on a mis tant de temps à mettre sur pied et qui faisait autrefois la fierté du pays.
L'on est loin de ce que l'on veut nous faire croire ?