C'est du bio que l'on veut boire, c'est du bio que l'on exporte. Longtemps, très longtemps le vin était considéré naturellement sain, considéré comme pur jus de la souche, passé au filtre de la cuve, logé sous les auspices et les bénéfices de la cave et adoubé par la bénédiction du Christ… Et donc, naturellement sain et bon. Et bien, aujourd'hui que dieu est mort, la consommation en vin bio fait sauter le bouchon. Les différents rapports sur les pollutions des sols des vignobles, l'absence de liste d'ingrédients sur les étiquettes et la progression globale d'alimentation bio en sont peut-être les causes directes.
Le marché prend en ce moment 20% par an. En 2017, 670 millions d'euros ont été dépensés en vin bio. Une des particularités, parmi toutes les productions en bio, celles du vin sont celles qui s'exportent le plus : 45% contre 30% sur tous les produits bios. Le marché n'est pas pour autant des plus simples et pour les viticulteurs la complexité de leur produit équivaut à autant de questions difficiles sur le positionnement, l'avenir, l'évolution… Comment s'adapter, comment se repositionner et surtout comment être rentable ? FranceAgriMers a travaillé sur des scénarios différents pour 2035 (Perspectives, avril 2017). Pour voir devant une synthèse de questions qui aujourd'hui constituent des éléments freins.
Ils ont imaginé, par exemple, des marchés extérieurs uniquement concernés par des produits hauts de gamme. Il ont aussi donné en perspectives comment le vin bio resterait bloqués sur des segments de marchés qui bénéficient de peu de communication, sortis des indications géographiques.
Des vins qui risqueraient de ne pas être bien identifiés et où l'intitulé "nature" ne correspond pas à grand-chose d'identifiable. FranceAgriMer a aussi imaginé comment les vins bios, du fait des cadres limitatifs techniques, pourraient ne pas faire face au changement climatique. D'autres scénarios plus positifs ont imaginé que le vin bio serait la référence. Il sortirait de sa niche, respectueux de l'environnement et de la santé du consommateur, il serait le produit le plus apte à atténuer les effets du changement climatique. Soutenue par les pouvoirs publics, la filière accepterait les pratiques physiques et l'intégration de l'innovation technique sans renoncer à ses principes philosophiques.

Catherine Jauffred