L'OMC (Organisation mondiale du commerce) a déclaré le glyphosate, probablement cancérigène.”Ce que l'on sait c'est que l'on ne sait rien” disait Socrate en accouchant les idées des autres. Cette part de probabilités non quantifiable laisse le doute. Un doute qui profite à une grosse industrie mais qui laisse ceux qui l'utilisent bien seuls face à leur choix et “probablement” face à un grave danger. En Minervois, et ailleurs dans la presse, les viticulteurs répondent sans se cacher au sujet de leur pratique. Le sujet est sensible et les touche au plus profond, dans leur rapport intime qu'ils ont avec leur terre, leurs vignes, leur responsabilité et avec eux même. Entre ceux qui ont arrêté, ceux qui ne s'y sont jamais risqués et ceux qui en sont “accros”, l'écart est très grand. D'un monde à l'autre, les convictions sont opposées mais toutes bien ancrées. Elles jouent les disques durs de nos actes. Mais pourquoi résistent-elle, ou, à l'inverse comment peuvent-elle basculer ? Sur quoi tiennent-elles ? Dans tous les cas, pour les dérouter, les conforter ou les déconforter, le débat n'a pas lieu au sein des instances professionnelles. A les entendre chacun agit au sein de son groupe ou réfléchit seul derrière sa télévision, dans sa propre logique et conscience, avec ce qu'il peut entendre comme conseils. On voit comment ce qu'il peut entendre va dans le sens de ce qu'il fait. Si les herbicides sont reconnus dangereux, stopper leur utilisation relève d'un changement d'organisation. Ce qui revient selon leurs dires à une tâche impossible ou trop compliquée. Quand le pas n'a pas été pris d'emblée, la décision de passer à un autre mode de production nécessite de revisiter son budget, son outillage, de prendre des risques…  Les convictions arrivent alors pour faire barrage. L'inquiétude d'une nouveauté semble être bien plus forte que certaines révélations. Changer son modèle, c'est se changer soi, c'est aussi questionner sa place, économique, sociale et culturelle. Venir au bio, nécessite pour certains un changement de costume. Au risque de ne plus se reconnaître.

Catherine Jauffred