Le proverbe qui dit que : " l'histoire se répète " ne saurait être plus vrai. Alors que le pays est aux prises avec la plus grande crise sociale de la cinquième république, les médias, les politiques et les personnalités n'en n'ont que pour le voile islamique, ce bout de tissus ô combien utile pour faire diversion. C'est que l'utilisation de cet épouvantail médiatique n'en est pas à ses débuts. Déjà en 1989, sous le gouvernement Jospin, les intelligentzias politique et médiatique s'étaient enfoncées dans ce débat stérile masquant d'autres sujets bien plus vitaux à l'équilibre du pays. Mais les hommes ont la mémoire courte et 30 ans après, voici donc l'épouvantail favori des médias faire son grand retour.
Avant d'entrer dans les détails de ce que ce voile cache réellement, une petite mise au point s'impose. Nombreux sont les politiques ou encore les médias qui interprètent maladroitement et souvent à tort le principe, très républicain, de laïcité. L'article 10 de la Déclaration des Droits de l'homme qui a valeur constitutionnelle, puisqu'elle a été intégrée à la Constitution du 4 octobre 1958 déclare : " Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi ". Difficile de comprendre alors comment un bout de tissu peut troubler l'ordre public tandis que l'on tolère le bout de tissu sur la tête de nos religieuses et pas celui sur celles des musulmanes pratiquantes. Après qu'Emmanuel Macron a appelé à " une société de vigilance... face à l'hydre islamiste " il s'offusque désormais d'un " raccourci fatal " entre terrorisme et Islam. Quoi de mieux qu'un pyromane qui crie au feu pour détourner l'attention ? Il n'en fallait pas plus pour que les médias et les hommes et femmes politiques en manque de visibilité fassent leur choux gras de l'apparent affront d'une mère musulmane portant un voile lors d'une sortie scolaire au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Il faut dire que les sujets d'importances sont rares en ce moment : refonte des régimes de retraites, grèves en rafale dans de nombreux services publics (personnels de santé, de l'éducation nationale, pompiers etc.), augmentation des aides au logement des députés de 300 euros alors que les APL pour les plus pauvres diminuent régulièrement, mesures anti-écologiques allant à l'encontre du discours gouvernemental (continuation du projet Montagne d'or en Guyane, réduction des distances d'épandage des insecticides des résidences...), creusement du fossé entre pauvres et riches et j'en passe.
S'il y a en ce moment des personnes qui mettent la France a mal, délocalisent, exilent leurs profits dans des paradis fiscaux et licencient en masse, ce ne sont pas des femmes qui portent des foulards, mais des hommes et des femmes habillés en costards. Ne nous trompons pas d'ennemis et rappelons-nous un autre proverbe et profitons de sa sagesse : « Lorsqu’un sage pointe la lune, l’idiot regarde le doigt ».

Tristan Geoffroy