Honteux. Tel est le seul mot pour qualifier le fait qu’en 2022, en France, on doive encore penser à des expressions telles que « Banques Alimentaires ».   Non seulement devons nous nous demander ce qui a mal tourné, mais aussi pourquoi nous avons laissé cela perdurer et même empirer ? Nous devons tous malheureusement en assumer une part de responsabilité. On pourrait peut-être comprendre pourquoi, il y a des siècles, avant que nous disposions de moyens efficaces de communication, les puissants de la société pouvaient exploiter les plus faibles. Pourtant, il semblerait que malgré notre vie contemporaine dans un monde connecté et parfois virtualisé à outrance, nous constatons encore et toujours que l’accumulation de richesses et des pouvoirs qui en découlent ont créé une situation où nous oublions le sens même du mot humanité dans notre quête de progrès. 

Une partie du blâme doit être portée sans doute par nos systèmes éducatifs où les programmes conduisent tous à des examens et à la prétendue promotion sociale qui en résulte. Pourtant, dans ce monde de soi-disant succès, nous avons assisté au cours des vingt dernières années à un besoin toujours croissant de ces banques alimentaires où, non seulement les chômeurs, mais trop souvent des hommes et des femmes ordinaires, malgré un emploi, sont contraints de choisir entre chauffer leur maison et mettre à manger sur la table. Il est dégoûtant de voir des gens, souvent à la faveur de l’obscurité pour ne pas être gênés, faire la queue dans nos villes pour attendre l’aumône alors que, dans le même temps, nous pouvons voir des restaurants et autres lieux annoncer des banquets à des prix supérieurs à la moyenne des budgets alimentaires hebdomadaires de nombreuses familles dans le besoin. Cela se passe à nos portes, dans des villes comme Carcassonne, Narbonne ou encore Montpellier. Nous ne pouvons plus prétendre que nous ne savons pas. Nous ne verrons probablement jamais une répartition égale des richesses et s’il y aura toujours des gens désireux d’exploiter des solutions immédiates, ce pourrait être un moment pour réfléchir et apprendre de l’histoire sans en perpétuer sans cesse les erreurs du passé.

L’existence même des banques alimentaires est désormais reconnue dans la loi par notre gouvernement qui a pris récemment conscience de la nécessité de réduire le gaspillage, notamment dans le secteur alimentaire, en interdisant à certains grands supermarchés de jeter certains produits dits « périmés », avant de les proposer à des institutions caritatives compétentes fournissant lesdites banques alimentaires. On pourrait d’abord voir cela comme un geste admirable, mais un homme d’affaires prospère, qui souhaite garder l’anonymat, en quittant récemment un grand magasin, a vu des boîtes d’œufs « périmés »  près d’une caisse. En interrogeant le caissier sur le prix de ceux-ci, car il pensait que sa femme pourrait en faire un usage immédiat dans sa cuisine quotidienne, il a été étonné d’apprendre que ceux-ci ne pouvaient pas lui être vendus mais qu’ils attendaient d’être récupérés par une banque alimentaire pour les distribuer à leurs bénéficiaires.   Sa réponse immédiate et fâchée a été de se rendre compte que même si ces produits étaient jugés dangereux pour sa consommation, ils devaient être offerts aux personnes les plus pauvres pour lesquelles la sécurité semblait n’avoir aucune considération ! Conscient du danger de telles pratiques acceptées et même légales dans notre soi-disant monde développé, il a continué à se renseigner. Il eut bientôt honte d’apprendre que les diverses méthodes d’aide aux personnes dans le besoin de notre société, tout en semblant initialement offrir une aide, aboutissaient souvent à offrir à nos citoyens les plus pauvres diverses subventions pour aider au chauffage et à l’isolation de leurs maisons, pour constater que de telles subventions entraînaient souvent la nécessité d’autres travaux qui n’étaient pas couverts par les mêmes subventions. En conséquence, il était souvent impossible pour de nombreuses personnes de ne pas pouvoir bénéficier de ces subventions :  Il s’est en outre rendu compte que bon nombre de ces subventions n’étaient prises que par des personnes beaucoup plus solides financièrement et capables de les exploiter. Ce fut pour lui un signal d’alarme en réalisant qu’ici en France, comme ailleurs en Europe, que peu importe les tendances politiques, il est temps pour nous d’exiger de nos politiciens de corriger certaines des plus fortes inégalités dans la répartition de la richesse de nos nations. La prochaine fois que vous quitterez un restaurant et croiserez quelqu’un qui dort dans l’embrasure d’une porte en 2022 – pensez que cela pourrait être vous.

Alfred W.