C'est quand même étonnant de chercher le sens de la réforme de l'enseignement secondaire et de tomber sur les propos du président de la République relatant son envie de faire comme ses voisins européens. Une politique comme un petit jeu, motivée par une grosse envie de ressembler à celui que l'on n'est pas. Pourtant, jusqu'ici la spécificité française était assurément très enviée et sa matière grise recherchée.
La particularité des propositions françaises était de favoriser l'accès au plus grand nombre à des cursus d'enseignements de qualité. Les enseignements universitaires ont longtemps été ouverts à tous les bacheliers. Le pari se faisait sur l'autonomie de l'élève qui s'aventurait dans ses propres projections, découvrait et se prenait en main dans son chemin. Certes, le constat est qu'un étudiant sur trois abandonne dès la première année. Fallait-il le voir comme un échec, un gaspillage de moyens humains et financiers ou le tâtonnement d'un adulte en devenir, pour qui ne suivre qu'une seule voie serait ne se donner qu'une seule chance, qu'une seule possibilité ? Se chercher et essayer, c'est aussi donner plus d’engrais à l'épanouissement. D'un autre côté, on ne peut omettre que l'université tombe en ruine, que les professeurs manquent et ont peu de moyens. Quel est alors le réel syndrome ? Des élèves en quête d'avenir singulier, ouverts et autonomes, ou démotivés par une offre en déliquescence ? Quel remède
à quel mal ? La réponse aujourd'hui est de configurer les voies professionnelles dès la Première dans une logique de continuité vers les études secondaires. Donner déjà le ton à ce qui sera la couleur professionnelle. Il faudra vérifier que les échecs et accidents d'orientation ne surviennent pas alors plus tôt, au pied du mur du bac, avec le risque de ne plus pouvoir changer et voir se fermer plus de portes au nez de son désir.

Catherine Jauffred