De fait, "la fusion des intercommunalités implique que tout projet d'aménagement du territoire concerne l'aménagement des territoires venant renforcer ou contrarier les objectifs des politiques publiques ou schémas territoriaux pré-établis. L'aménagement s'inscrit toujours dans un cadre décisionnel complexe nourri de conflits ou de copinages." Hum... Eric et Béatrice Plottu dans Géographie, économie et société (édition Lavoisier, 2009) définissent ainsi les logiques territoriales et l'aménagement durable. Les jeux d'acteurs et élus (pressions, manipulation, copinage, ennemis..) les guident dans leur décision et souvent loin des intérêts du territoire. Ces deux géographes analysent comment justement les jeux d'acteurs produisent des conflits au sein de projets d'aménagement et comment ces conflits révèlent les identités territoriales ou en produisent de nouvelles. On peut voir ces phénomènes en Minervois où justement les jeux des uns et des autres produisent plutôt à la disparition d'une identité. On assiste à la disparition quasi-totale d'un projet pour particulier pour le Minervois, pour sa viticulture, son économie, sa vie culturelle ou sa société tout en faisant disparaître l'idée d'aménagement concerté pour ses habitants. Ce territoire est certes relié viscéralement aux centres urbains et aux territoires voisins mais il a, par la proximité et le nombre de ses villages, par son histoire aussi sa propre force et sa propre identité. Aujourd'hui à force de fusions et d'éloignements de ses centres de décisions, le Minervois, territoire pour demain, a disparu en tant qu'entité des colonnes chiffrées des politiques locales. Et si ce bassin de vie s'est longtemps disputé pour savoir comment se gérer, il n'en reste pas moins qu'il est constitué d'une grande quantité de villages vivant ensemble tels des quartiers d'une ville et que leur logique commune aurait pu répondre à une demande actuelle telle que s'ouvrir à la transition, devenir autonome en agriculture ou en énergie. Mais loin de se peaufiner une politique adaptée aux besoins, on voit comment la seule volonté d'économie ou l'appât financier a dirigé les choix politiques. Force est de constater qu'après s'être bien déchirés, beaucoup d'élus se sont réveillés avec la gueule de bois et ont remisé leurs espoirs de servir mieux leur territoire en s'unissant avec leurs voisins. Pire, le constat a été rapide et les politiques servent déjà bien d'autres objectifs que d'unir des habitants autour de projets communs. Dans le Minervois héraultais, sans même décrypter les budgets surprises dont l'impact est encore peu visible dans le porte monnaie des administrés, chaque villageois peut déjà voir l'éloignement et la raréfaction de l'offre publique. En terme de culture la quantité des spectacles proposés sur le territoire est cette année en baisse sensible et le Point d'information jeunesse a perdu son animateur. Sur l'Aude, les villages glissent petit à petit sur une logique de cité dortoir ou touristique sans savoir quels projets les élus ont pour leur village. Ce n'est qu'un début ?
Catherine Jauffred