Les migrations des peuples et les guerres sont des tragédies humaines constantes de nos sociétés. Si les guerres sont destructrices, les migrations sont toujours une des premières sources d'échanges économiques et culturels. Vue de l'esprit ? Idéalisme ? Irénisme ? Chaque époque, les gouvernements et la société civile se doivent de faire face aux flux migratoires. Aujourd'hui l'arrivée massive de personnes en provenance de pays en guerre semble ingérable du fait du nombre et de l'affluence. Normal, logique. Vu depuis son village ou son quartier, des cohortes de personnes montrées à la télévision, aux allures de démunies, ne paraissent pas pouvoir trouver leur place dans un pays où tout le monde ne vit pas bien. Pourtant derrière chacune de ses personnes se trouve une histoire, un savoir et une richesse. Dans l'impuissance et la peur, l'opinion publique est difficilement encline à le voir ainsi et à les accueillir. La nouvelle loi du ministre de l'intérieur, Gérard Collomb, se positionne pour répondre davantage à l'opinion publique qu'à la réalité. Elle donne comme axe central, plus d'humanité et plus d'efficacité. Dans les faits, les mesures de cette loi consistent concrètement à accroître les contrôles et accélérer les prises en charges administratives. Loin d'apporter en humanité, les associations sur le terrain dénoncent l'effet contraire avec un durcissement des conditions d'accueil et une augmentation des reconduction aux frontières. En somme, ne pas les recevoir plutôt que de décevoir l'opinion publique ? Parmi les difficultés cruciales que doivent gérer les gouvernements actuels, il y a les lieux d'accueil, la quantité de places et les procédures administratives qui demandent du temps. Les centres d'accueil sont pleins, les bureaux administratifs sous tension. La solution proposée aujourd'hui est expéditive et ne fait pas appel aux ressources réelles sur le terrain, humaines et matérielles : les travailleurs sociaux et toutes les disponibilités en terme de logement. Dans le fond, il est important, comme le sous-tend la loi, de travailler en amont avec les pays hémorragiques, mais quid des pays comme la Syrie où le gouvernement est soutenu par des puissances internationales pour bombarder son peuple. Est-ce avec conviction que le gouvernement raconte vouloir diminuer les mouvements de population ? Aujourd'hui, si la volonté était de réfléchir à offrir une meilleure situation pour ceux qui fuient, cela demanderait du temps, celui d'une concertation et d'une construction. Construire ensemble avec les peuples dont d'ailleurs une grande partie demande à rentrer chez eux. Face à ce que les professionnels de type Amnesty ou Resf considèrent comme une non politique, les travailleurs de terrain au travers de leurs organismes, ont lancé les Etats généraux des migrations afin de réaliser un état des lieux de la situation réelle d'accueil et de traitements. Aujourd'hui il serait surtout l'heure de se pencher sur une autre vision de cette actualité, sur l'impact réel économique sur le PIB des migrations, sur le potentiel humain qu'elle représente et sur les droits de l'Homme.

Catherine Jauffred