Notre Président a choisi visiblement la politique de l'impact ostentatoire et conséquent. Si son ascension au pouvoir a été rapide et fulgurante,
sa démarche, une fois en place, suit le même tempo. Depuis la dernière mouture gouvernementale, Emmanuel Macron et son équipe s'occupent à proposer sans relâche une réforme par ministère. C'est à peine exagéré... Code du travail, cheminots, Bac, université… Si nous étions depuis le siècle dernier dans l'aire du temps court et de la marque à chaud politique, nous sommes aujourd'hui à l'époque de l'instantanée et de la brûlure à vif. A chaque coup de tonnerre, un ouragan s'abat et balaie les vieilles politiques en place sans prendre le temps de la gestation. Le but est de copier les voisins, s'aligner au monde qui sombre et s'engager dans la même course. Exit les vieilles politiques qui ont construit tout un système de pensées et de valeurs : solidarité, égalité, fraternité ? Si ces valeurs n'étaient plus en vogue dans les diktats modernes, fallaient-elles les éradiquer pour autant et les remplacer par "compétition" et "sélection" ? Les dernières réformes sur l'Education nationale le démontrent. Elles laissent derrière un concert de hoquet. Même si toute la presse s'efforce de décrypter, comprendre l'esprit de la réforme, cette dernière a pris le premier métro pour surprendre tout ce monde et le laisser dans l'expectative. "Ne pouvait-on pas faire mieux ?" S'exclament professeurs, chercheurs et syndicats ? S'il est reconnu que le bac devait changer pour s'adapter aux nouveaux mondes et aux nouvelles sociétés, la sortie rapide de terre de nouvelles filières semble répondre à un besoin sans prendre en compte toutes les réalités et les plus cuisantes. Cette réforme semble glisser de plein fouet dans les ornières actuelles, les combler sans se soucier d'un vrai projet de société à construire. Une orientation dès seize ans pour faciliter l'orientation et réduire l'affluence ? Quid de l'épanouissement personnel et d'une acquisition de solides formations pour naviguer ensuite dans ce que l'on prêche aujourd'hui : le parcours individuel. Paradoxe. Puis, entre autres aberrations, l'impasse sourde sur les sciences. Les besoins d'aujourd'hui ne sont pas forcément ceux de demain. Et s'il est urgent de changer, n'est-il pas la mission des politiques de penser en mode "respublica" une vision pour l'avenir ? Et ainsi corriger les erreurs et les manques d'aujourd'hui ? Pour les réformes, outres les aides aux agriculteurs, le grand maître Macron en viendra-t-il à s'occuper des campagnes et des villages qui se repeuplent ? Il serait de bon ton de nous surprendre avec une vraie politique rurale s'installe. Car la ruralité d'aujourd'hui crée assurément la société de demain, notamment celle qui est souhaitée par un grand nombre : agriculture biologique, circuits courts, désengorgement des villes, etc.
Catherine Jauffred