Les islamo-gauchistes, vous en avez entendu parler j’imagine ? Cette emballante histoire (euh non, ce sont les médias qui s’emballent, je confonds) jetant dans la mêlée ministres, intellectuels conservateurs, journalistes, professeurs, chercheurs en sciences sociales… Manquerait plus que les économistes orthodoxes, hétérodoxes ou non genrés s’y mettent. Ça s’en donne à cœur joie, ça se vole dans les plumes, le stylo entre les dents, ça aiguise sa tirade plus punchline que Cyrano, ça dégaine sa grosse tribune… Les bruits de Paris nous parviennent mais ont perdu de leur superbe, en chemin. Qu’est-ce qu’un islamo-gauchiste pourrait bien représenter pour un Olonzagais, une Caunoise ? Y a pas un minaret à l’horizon. Comment nos amis conservateurs-de-droite pourraient-ils dénigrer les gens de gauche, dans le coin – à part les traiter d’écolo-fascistes, à l’instar de quelques vignerons hélicophiles ? J’ai la recette et quelques suggestions pour eux : on prend un groupe de gens pas bien, bizarres, pauvres, marginaux, glandeurs, ou un peu de tout ça en même temps, et on l’accole aux gens qu’on veut rendre suspects d’accointances avec les premiers, c’est louche, ils doivent mijoter un coup fourré… Au hasard, ça pourrait donner : assistano-bien-pensants, migranto-écologistes, gitano-bobos, saisonnio-associatifs, anarcho-paysans, punko-élites… Facile non ? Oui, oui, parce que la gauche – de cœur, pas la politicienne, l’électoraliste – s’intéresse aux opprimés. Pas comme la droite, pour s’enorgueillir de sa charité, non : parce qu’être à gauche, c’est s’insurger contre les inégalités. Pas que celles qui nous touchent, celle qui affectent le voisin aussi, voire plus si c’est pire pour lui. Et oui, si les races n’existent pas, si hommes et femmes sont égaux, malheureusement, être basané ou être de sexe féminin, ça signifie encore traverser la vie avec un sac à dos lesté. Et quand on est et basané et de sexe féminin ? Ça c’est l’intersectionnalité. Facile, non ? Sauf que nos amis ministres, intellectuels et journalistes de droite disent que non, on est pas une femme, on est pas noir, on s’appelle pas Mohamed, on est français, y a que des Français, tous égaux. En droits, en chances. Sous le tapis, les femmes noires, les gays en chaise roulante, les basanés de seconde génération que l’on regarde toujours comme des étrangers dans leur pays de naissance...

Antoine Cauchy, scribouillo-vigneron