La nature sauvage a-t-elle sa place au milieu des vignes et des villages ? Y aura-t-il d’autres espèces que les sangliers et quelques renards à venir taquiner les abords des communes ? On ne parle pas ici uniquement de grosses bestioles tant aimées, à quatre pattes, comme le cerf ou le blaireau, mais au-delà, des insectes, petits reptiles et autres nichées d’oiseaux devenus rares qui pourraient se repeupler. Qui connait bien ces petits noms tels que le râle d'eau, le tarier pâtre, l’aigrette garzette, le bruant des roseaux, la linotte mélodieuse, le pipit farlouse, le bruant zizi, le héron cendré, le grand cormoran, le monticole bleu, le tarin des aulnes, la mésange à longue-queue, l’accenteur mouchet ou le tichodrome échelette. Pourtant, tous ces oiseaux co-habitent avec nous. En pleine plaine de l’Aude, un jeune homme pourvu d’espoir a monté le projet d’aider les communes à favoriser le retour de la vie sauvage, faune ou flore. A l’endroit des communes rurales, implantées et toutes proches de la nature, la nature est pourtant loin d’être sauvage. Entre deux villages qui s’étendent et se bétonnent, les espaces cultivés ne laissent, eux non plus, que trop peu de place à la nature. Ce qui frappe quand on arrive en Minervois est un paysage constitué de rangs de souches bien ordonnés. Les terres sont en majorité mises à nu et l’idée dominante pendant des décennies a été d’en tirer le maximum. Ici, la culture viticole est très ancrée dans un paysage qui respire peu. Seuls quelques mourrels, pechs, pinèdes, landes, collines laissent la faune et la flore vivre ou survivre. S’il n’y a plus de forêts non artificielles, la place de l’homme s’est bien éloignée du sauvage. Sur chaque parcelle, la maîtrise culturale est poussée jusqu’à un contrôle total de la plante. Plus généralement, la viticulture est représentée par une culture très ritualisée très loin d’un esprit sauvage, paysan. Le vin se vend, enrobé de valeurs chics et bourgeoises. Poétique et magnificence sont au rendez-vous. Mais la mode tourne et les vins natures montent dans les sondages. Le manque d’une autre odeur et d’une autre saveur est exprimé, la crise est là. Aujourd’hui il est urgent de replacer l’homme dans la nature. Il est encore plus urgent de lui rendre son volet et son aspect naturel. L’homme est la nature et il est temps qu’il compose avec elle autrement, qu’il lui laisse plus de place et cesse de vouloir trop la dominer, voire la nier. Les vignes gagneront en force, en résistance et les villages gagneront de la vie tout simplement. C’est aussi la vie qui gagnera un peu plus sur cette hécatombe qui se déroule sous nos yeux. En guise de meilleurs vœux, c’est un retour à sa nature que nous souhaitons au Minervois.
Catherine Jauffred