Et si on jouait le jeu ? Agiter la base, ouvrir la voix, échanger, interpeller, donner son avis et même prendre le risque d'en changer. Grand débat bla bla, bien sûr personne n'est dupe. Jusqu'où iront les échos des petites assemblées qui se forment ici et là ? Peut-être à l'embouchure de l'Aude ? Ou plus loin vers la mer, mariner dans les embruns salés des larmes de ceux qui s'y sont noyés. L'agitation aura-t-elle uniquement et à minima, l'avantage de former des groupes mixtes à la base de la population ? Retisser des liens nécessaires à nous autres, humains semblables et différents, de villages et de villes ? “Aimez-vous les uns les autres, bordel !” crie, sur son gilet jaune, notre insoumise de la semaine.
Ce débat, forcé par la violence des cris et par l’injustice de la réponse de l’État, est une échappatoire à un trop plein de misère sociale, économique, culturelle. Nous sommes loin d’une redistribution des richesses (confisquées naturellement), trop de révolutions encore à lancer, mais si le “ruissellement” programmé par le gouvernement ne fonctionne pas, ceux du bas sont peut-être décidés à taper dans le débat pour quelques éclaboussures là-haut.
Catherine Jauffred