Et si les objectifs se partageaient un peu mieux pour mieux avancer et répondre aux exigences de la planète ? Le monde viticole à l'instar du monde agricole vit douloureusement l'opposition qui les caractérise : ceux qui ont fait le choix de sortir des traitements avec glyphosate contre les autres. D'un côté, ceux qui par leur conviction, leur aisance ou leurs stratégies commerciales ont pu s'en défaire, d’un autre côté, les autres, qui par leur conviction, leur aisance et leurs stratégies commerciales ont décidé de ne pas s'en passer. Impasse. Le résultat est qu'au niveau politique tout fini en affaire de pressions et de lobbys. Alors où est la vérité ? Les dangers de cet herbicide sur les plans écologique et sanitaire ne sont plus à démontrer. Pourtant les groupes industriels et un grand nombre d'agriculteurs qui en dépend affirment encore le contraire. Cet été la théorie du complot bobo et écolo a été démontée par la délibération du tribunal de San Francisco qui a jugé la firme internationale Monsanto responsable du cancer chez un jardinier américain. Il ne reste alors que la pression économique qui persiste à autoriser l'herbicide. Les viticulteurs dégainent eux à 60 % l'argument du mal pour un bien ou celui de l'impossible issue. En affirmant que le souffre est plus dangereux que l’herbicide ou que tout se joue dans la dose, serait de leur part accepter l’idée que la viabilité du métier d'agriculteur aujourd'hui est placée sous la seule domination d'une molécule avérée dangereuse. Ce qui serait une défaite face au potentiel humain ou celui de la nature à trouver des solutions positives. Pour changer il faudrait modifier son propre regard sur son propre travail, sur sa méthode, ses rapports économiques et sa production agricole. Aujourd'hui ne sommes nous pas au pied du mur et sur de nombreux plans ? Le Minervois démarre un nouveau cycle : vendanges, taille, traitements, etc. L'association Chemin Cueillant animée par des agriculteurs qui ont fait le choix d'une agriculture paysanne ont décidé d'ouvrir le débat et de démontrer par l'expérience la possibilité de modifier la viticulture et de la rendre saine. C'est un long chemin qui s'ouvre. Un chemin vaillant.
Catherine Jauffred