Les communes rurales ne sont pas à l'abri de malfaiteurs et de bandes organisées revendeurs de stupéfiants ou petits voyous. Pourquoi le seraient-elles ? Où les normes existent, les marges et les franges apparaissent. Ici comme ailleurs, une certaine population se concentre à œuvrer autour de larcins et de stupéfiants. Quelle réponse la société rurale peut-elle apporter face à la désertion des services sociaux pour faire face et empêcher ces méfaits ? La difficulté des municipalités à prendre en charge les dérives de la population est-elle seulement le fruit de la réduction de leurs compétences ? Auraient-elles encore la compétence, auraient-elles les outils et les moyens ? Les réponses envisagées par les riverains, dans le cas de Rieux-Minervois, ou par les municipalités dans les cas de Caunes ou Trausse, se concentrent sur de la surveillance via des caméras. Comment peuvent-ils, sans service et sans professionnel, envisager autre chose ? Dans certains quartiers de New-York, les habitants se relaient et font le pied de grue pour chasser le trafic d'un quartier, un vrai exemple de démocratie participative. Mais nous ne sommes pas à New-York et l'idée d'une prise en charge populaire pacifique n'est pas encore envisageable. Pourtant les statistiques ne donnent aucune amélioration avec des caméras placées dans les rues. Si on s'empêche de travailler sur de la prévention, de la formation ou de l'accompagnement, comment imaginer une sortie de la délinquance autre que par la case prison ou le déplacement des délinquants ? Ici, il ne reste que les rondes de la gendarmerie et la mairie très vite dépassée. Seules les victimes peuvent se réclamer de devoir réagir. Et face à l'absence de prise en compte politique, la réaction glisse vers une demande de surveillance. C'est-à-dire le niveau zéro de l'acte citoyen face à ce que les villageois aiment appeler "incivilités". Mais où est alors la réponse civilisée ?
Catherine Jauffred