Il y a encore quelques jours, nous nous affrontions à note jeu favori, celui de savoir qui pense bien, qui pense mal, qui voit juste et qui ne voit rien, qui sait et qui ne sait pas. En une semaine, révolution. Désormais, la seule chose qui nous prend toute notre énergie et occupe tout notre quotidien, c'est l'autre. L'autre à ne pas toucher, mais l'autre à surveiller, l'autre à ne pas contaminer, mais à protéger. Nous n'avions, à l'heure des réseaux et des tours du monde en quelques clics, jamais pu prendre conscience aussi bien de qui était autour de nous et à quelle espèce nous appartenions aussi fortement. Nous sommes redevenus simples humains vulnérables et interdépendants. A entendre mon voisin, jeune séminariste interrogé cette semaine, à quelques milliers de km de mes visions et croyances, je vois bien comment nous sommes, au-delà de nos différences, vraiment reliés et semblables. L'autre, est nous-mêmes.
Aujourd'hui, notre petite commerçante du village devient notre cordon ombilical, et sa santé, la nôtre. Nous sommes reliés au corps des autres et nous devons faire au mieux avec le meilleur de chacun.
Ce qui était classé au douzième degré dans nos priorités a fait un bond au-devant : bien s'entendre, se respecter, et se mesurer. En confinement, pas de débordement possible. Un autre changement s'impose : en plein risque viral, le retour vers le local se généralise. Moins risqué, plus sûr. De tous ces changements radicaux et difficiles, à la lumière de tous ceux que nous devons protéger, prenons ce temps-là pour se rendre compte de ce qui est vital en ce Minervois. Elle, lui, ils, nous. Chacun de nous doit se discipliner, se retenir, ne pas s'approcher, contenir  nos comportements de sudistes spontanés et tactiles. Soyons un moment plus que tranquilles et raisonnables. Et prenons le temps de mesurer ce que nous avons à faire.
Catherine Jauffred