Cette semaine nous plongeons dans un exemple de transmission familiale d’un domaine viticole. Ce n'est pas le fait que la question ait été entièrement gérée entre deux femmes qui rend le cas à la fois rare et tendance. Il est celui d'un domaine qui a ciblé, il y a trente ans, ses productions vers une qualité de vins particulière pour le Minervois de l'époque. Le domaine du Clos Centeilles, pour ne pas le nommer, faisait partie de la petite vingtaine de vignerons à vendre ses vins en bouteilles dans les années 90. La vigneronne, isolée et à contre courant à l'époque, face à un Minervois majoritairement coopératif, a choisi la ligne d’une autre histoire du Languedoc, celle qui a toujours gardé en son sein, une viticulture qualitative. Si elle a toujours eu une place, elle n'a pas toujours eu le dernier mot pour vendre le territoire. Aujourd'hui les vignerons se singularisent et cherchent une identité pour leur terroir. Ils passent par une histoire à raconter, des noms à trouver, des cuvées à réinventer, parfois des modes à suivre ou à contrer. Ce qui s'ouvre avec cette viticulture, est un nouvel appel d'air pour les jeunes. Il y a quelques décennies, les enfants boudaient le sillon parental. Il y a encore 20 ans, il était plus difficile pour un jeune, né fin de siècle, de se projeter dans les caves locales. Souvent, le mode de viticulture reflétait un ancien monde où l'homme regardait peu les enjeux écologiques et valorisait peu son vin. Sans en faire une généralité, la jeunesse ne s’y retrouvait pas, s’y est souvent opposée, établissant une rupture. Il était devenu bien difficile de transmettre. Aujourd'hui un nouvel engouement se fait sentir dans les générations montantes. Le regard sur les vignes familiales se transforme. Il semble que le vignoble permet une meilleure adéquation entre les attentes des jeunes et ce que leur proposent les parents. La jeunesse se projette davantage dans ce Minervois nouveau cru. Elle se forme, reprend les vignes familiales, est attirée par le secteur oenologique. Les jeunes prétendants ont, avec eux, une ambition toute particulière de faire grandir des noms et des vins à leur image. Une image plus jeune, toute moderne, reliée au monde.
Catherine Jauffred