Lors des Journées du patrimoine, Emmanuel Macron a lâché devant caméra à un chômeur qui venait visiter l'Elysée "Je traverse la rue et je vous en trouve" (du travail, Ndlr). La petite phrase du président qui fait polémique et a déjà été largement moquée sur les réseaux sociaux n'a sûrement rien d'une bourde. Le président s'est jusque là toujours montré très au contrôle de sa communication et sait pertinemment comment ses propos seront relayés. Si cette phrase heurte bien des Français, elle peut aussi trouver écho chez bon nombre de citoyens qui estiment que le chômage est largement dû à la fainéantise. Alors que le chef de l'Etat chute dans les sondages, il lui faut retrouver grâce aux yeux de ses électeurs, notamment ceux de droite. Cela permet aussi de préparer le terrain, d'orienter les futurs débats autour des allocations chômage, du travail. Les hommes politiques du vingt-et-unième siècle sont passés maître dans l'art de maîtriser leur communication, soyons-en sûrs ! Quand il parle du "pognon de dingue" que coûtent les minima sociaux, ce n'est pas un hasard non plus. Lui qui rêve d'un modèle anglo-saxon, progressivement, il met dans la tête des Français que les pauvres coûtent trop chers à ceux qui travaillent (et qui restent majoritaires dans l'électorat). Ainsi, on met dos à dos les différentes classes sociales françaises, on divise et on règne. La fin justifie les moyens. On peut trouver cela cynique, irrespectueux, scandaleux, mais la stratégie de communication est bien en place. Pour pouvoir faire appliquer sa politique libérale, il lui faut d'abord déconstruire la pensée solidaire française et maîtriser la communication est essentiel pour orienter les futurs débats.
Nicolas Faure