Un spectacle créé récemment par les chanteurs Marie Coumes et Laurent Cavalié met en scène des paroles collectées chez les vignerons du Crav (Comité régional d'actions viticoles). Ceux-là mêmes qui ont participé aux luttes des années 60, 70.
A l'époque, l'importation des vins (Italie, Algérie...) était telle que le marché français n'avait pas survécu. Les revenus des coopérateurs, majoritaires alors dans le pays, avaient tellement baissé que même les femmes étaient descendues dans la rue. Les vignerons alors très unis étaient allés loin dans la lutte. Le spectacle met en avant une poésie née de ces élans populaires, ceux qui poussent les gens à croire en leur vérité face au pouvoir. Les maires des communes, souvent viticulteurs, s'étaient même, à certains moments clés, ralliés au mouvement. Des lignes de train avaient sauté, des routes étaient barrées… Les affrontements ont fini par faire deux morts à Montredon à côté de Narbonne. Un de chaque côté, un policier, un vigneron. Pour saluer cette mémoire, chaque année (le 8 mars prochain) une messe et un rassemblement sont organisés dans la commune. Mais loin du spectacle dans lequel la légende est créée, c'est la désunion actuelle qui apparait en creux. Celle des viticulteurs d'abord puis celle des agriculteurs. Côté viticulteurs où l'on voit bien comment la production individuelle a gagné face à la coopération. Le développement des caves particulières en atteste, chacun élevant son vin, cherchant son marché, sa niche.
Les coopératives, pour la plupart, se sont faites happer par de gros négociants faisant le jour et la nuit dans ce marché. La viticulture est à l'image de l'agriculture. Dans le secteur, les modes de production et les politiques sont nombreuses. Les unes à l'opposé des autres. Dans ce marasme, le gouvernement peut jouer sur plusieurs tableaux et rester incohérent sans voir aucune meute se liguer en face. Aucune réaction. Reste libre et fort, un énorme lobby qui joue le jeu des plus gros, ceux à la botte des marchés industriels. Derrière ce lobby, les mêmes agriculteurs, ceux qui sont appelés à changer, pour la survie des espèces,
la nôtre en particulier.
Les luttes se sont bien inversées.

Catherine Jauffred