" Même ici, on n'est plus tranquille ." Ce biais de l'esprit qui nous ferait penser que la violence vient de l'extérieur apparait souvent lorsque des actes délinquants viennent perturber la vie villageoise. Il se dit aussi trop facilement qu'un territoire est avant tout habité par de respectueuses personnes, sachant vivre ensemble, en paix, et que ce serait les autres, les différents et les étrangers, qui viendraient déranger l'ordre public. Ainsi, on a flairé quelques ombres lors du rassemblement organisé suite à l'agression du jeune vigneron, à Olonzac, dimanche dernier. “On se fait manger ", ai-je entendu dans la foule, ou encore "Il faut revenir avec des pioches ". Mais loin de moi l'idée de colporter surtout des mauvaises paroles tant le mot d'ordre était de garder son calme et se retenir de représailles. Mais le sujet était bien là. Et dans la tête du plus grand nombre, il y a la crainte que la violence suscite la violence, en seule réponse. Dans ces moments-là, il est important de se rappeler que la violence est malheureusement partout et qu'elle ne vient pas de l'extérieur. Dans tous les milieux, la violence pointe son nez sous différentes formes. L'ignorer ce serait oublier les coups de fusil en fin de fête de village, les coups perdus dans les maisons, la violence vécue par les enfants dits différents, en proie aux bandes de collégiens, la violence de l'habitat précaire, celle vécue par des groupes stigmatisés, la violence économique lorsque le travail ne permet plus de vivre. En général, quand la violence déborde dans la rue, c'est qu'elle a germé et grandi dans l’intime, et si elle est donnée c'est qu'elle a été reçue. Une autre crainte s’installe, c’est la réponse électorale à la violence. Celle-ci se doit d’être bien pesée. En prévision et pour se protéger, mieux que les partis promettant de renforcer la répression, la solution de l'éducation sera plus appropriée. A une solution coercitive, on préfèrera l'économique, à une solution globale, une plus adaptée et locale. En bref, c'est par la paix et la raison qu'une issue à la violence est possible. Ce n'est pas la violence sociale qui éliminera la violence sociale. Catherine Jauffred